DEFENSE – MACRON

Défense : Les propositions de M. Macron s’inscrivent dans la continuité de la politique du président Hollande

Posté dans Politique de défense par Laurent Lagneau Le 02-03-201

Le programme d’Emmanuel Macron, le fondateur d’En Marche, était très attendu. Comme tout vient à qui sait attendre, l’ancien ministre de l’Économie l’a dévoilé ce 2 mars, lors d’une conférence de presse. S’agissant de la politique qu’il entend mener en matière de défense, le candidat a livré des mesures qui, pour la plupart, sont déjà sur les rails.

Cela étant, le constat que M. Macron fait sur l’état de l’armée française est juste. « Utilisées au maximum de leur capacité, nos forces n’ont plus suffisamment de temps pour se reposer ni s’entraîner, faisant craindre une dégradation progressive de leur sécurité, de leur efficacité et du recrutement », affirme-t-il. Les chefs d’état-major et les nombreux rapports parlementaires ne disent pas autre chose.

Par ailleurs, M. Macron estime que les dépenses militaires françaises, rapportées au nombre d’habitants, « stagnent depuis longtemps, voire diminuent, alors même que les conflits s’intensifient et que nombre de pays se réarment. » Cela était vrai sur la première partie du quinquennat de M. Hollande (le niveau budget de la Défense avait été gelé)… Mais cela l’est moins depuis 2015, avec l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, qui a revu à la hausse les ressources devant être allouées au ministère de la Défense. Un fait trop rare (voire inédit) pour être oublié…

Après ce constat, que propose M. Macron? Tout d’abord, le candidat d’En Marche fixe trois objectifs. Le premier est de « donner aux armées les moyens d’assurer la souveraineté stratégique de la France. » Pour cela, les mesures de son programme ne sont pas vraiment nouvelles et elles s’inscrivent dans la continuité des décisions prises par l’actuel gouvernement.

« Nous porterons la force opérationnelle terrestre à 77.000 hommes, effectifs nécessaires pour maintenir le niveau d’engagement actuel de nos troupes, tout en leur laissant le temps nécessaire pour s’entraîner et se reposer », peut-on lire dans son programme. Seulement, cet objectif sera atteint dès cette année…

Quant à la dissuasion nucléaire, il n’y a rien de neuf non plus. En effet, M. Macron s’engage à moderniser ses deux composantes (océanique et aéroportées). Or, les travaux allant dans ce sens sont déjà engagés. Au plus peut-on en déduire qu’il n’a pas l’intention de réduire le format des forces stratégiques, contrairement à d’autres responsables politiques (dont certains soutiennent sa candidature), qui proposent de supprimer la composante aéroportée.

Plus généralement, M. Macron parle de continuer le renouvellement des « équipements conventionnels pour permettre la préservation de notre autonomie, de notre efficacité et de la sécurité de nos soldats. » Et de citer les « drones et satellites pour le renseignement », les « avions de transport », les « patrouilleurs maritimes » et les « véhicules de combat ». De là, on peut en déduire qu’il lancera l’indispensable programme BATSIMAR qui doit permettre à la Marine nationale de conserver ses capacités de surveillance des eaux françaises dans les territoires outre-Mer.

Enfin, M. Macron veut aussi renforcer « la priorité en matière de cyberdéfense et de cybersécurité », avec des missions de « protection », de « riposte et de neutralisation ». Là encore, il n’y a rien de nouveau : le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé des mesures allant dans ce sens, avec la création d’un commandement « Cyber » et l’élaboration d’une doctrine pour le cyberespace.

Pour financer toutes ces mesures, l’ancien ministre entend porter le niveau du budget de la Défense à 2% du PIB… d’ici 2025. Or, d’après le général de Villiers, le chef d’état-major des armées (CEMA), voire le président Hollande, cet effort sera insuffisant. En effet, pour faire face à tous les investissements nécessaires pour renouveler les équipements et honorer les contrats opérationnels, il faudrait atteindre cet objectif d’ici 2022, soit deux ans avant l’échéance fixée par l’Otan (et acceptée par la France).

Sauf à demander de nouvelles réformes aux armées dans l’espoir de trouver des économies susceptibles d’être réinvesties par la suite (comme cela a été fait entre 2008 et 2012…) ou à imaginer des montages compliqués pour financer les nouveaux équipements (comme les sociétés de projet, que M. Macron connaît bien pour s’en être occupé quand il était ministre), le compte n’y sera pas.

Par ailleurs, M. Macron propose de « revitaliser la réserve opérationnelle et la garde nationale » en portent les effectifs à 80.000 volontaires en 2020. Mais une fois encore, c’est arriver après la bataille. La Garde nationale est déjà sur les rails, avec les réservistes des ministères de la Défense et de l’Intérieur. Et il même question de porter ses effectifs à 85.000 volontaires d’ici… 2018. Quant aux dispositifs que le candidat d’En Marche évoque pour la développer, ils ont déjà été mis en place, ou sont en passe de l’être. À noter que le Service Militaire Volontaire (SMV) ne figure pas dans son programme.

Enfin, l’un des objectifs de M. Macron concerne « l’Europe de la Défense ». Une fois de plus, ses propositions ne sont pas nouvelles ou relèvent de la déclaration d’intention. Ainsi, « la création d’un Fonds européen de défense, pour financer des programmes communs » qu’il appelle de ses voeux a déjà été annoncée par la Commission européenne, en novembre 2016. Quant au quartier général européen qu’il propose, sa création a été évoquée lors du Conseil européen de décembre 2016. Mais en la matière, le tout est de se mettre d’accord avec les 26 autres membres de l’UE, ce qui est plus facile à dire qu’à faire.

En outre, M. Macron veut aussi activer « les groupements tactiques » européens qui, bien que créés il y a plus de 10 ans, n’ont jamais été sollicités. Comment compte-t-il s’y prendre? Là est la question.
En savoir plus sur http://www.opex360.com

ACCUEIL

Alors que l’économie domine les débats, je persiste à garder en deuxième, après l’institutionnel, le thème sécurité. Depuis quelques années, des signaux inquiétants s’accumulent. Certains vont jusqu’à théoriser le 11 Septembre comme le début de la 3ème guerre mondiale. Dans le monde, la plupart des budgets militaires sont en hausse. L’arrivée de Trump crée le doute sur la sécurité de l’Europe. Pour des raisons économiques et climatiques, les mouvements migratoires ne vont pas cesser. Parfois, ces migrants inquiètent davantage que les réfugiés.
Dans notre débat national, la dépense militaire est bien présente. Chacun y va de sa proposition de hausse des moyens et des effectifs. L’état d’urgence ne peut être une situation durable. Les militaires n’ont pas vocation à arpenter les trottoirs de nos villes. Me souvenant de l’Espagne ou de la Grèce, une telle vision finirait par ne plus être rassurante.
Certains pensent à une force d’appoint à usage intérieure, par le biais d’un service national à la fois civique et militaire. Bayrou avait évoqué l’idée d’une garde nationale. Comme d’habitude, aucun n’entre dans le détail de sa proposition.
Les attentats ont fait ressurgir, encore plus vif, le sujet sécuritaire. De mauvais choix et de nombreuses failles sont apparus dans l’organisation de la sécurité intérieure. Habitant en zone rurale, je ne suis pas certain que le redéploiement de la gendarmerie soit pertinent. Quelques prétendants ont relancé le débat autour du cannabis. Exprimé dans la rue, le mécontentement des policiers attend des réponses.
Encore 3 mois pour des propositions, les électeurs devront toujours être attentifs aux principes et valeurs qui les sous-tendent.